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manière naturelle

 9-06-2014 

    Comment mieux se comprendre? (3e partie)                   

                    Dépression et Spiritualité


                L’INDIVIDUALISME ETOUFFE L’INDIVIDU

 

    Plus on devient soi, c’est-à-dire plus on est individualisé, et moins on est individualiste.















    Au contraire de l’individualiste qui court après le plaisir personnel pour mieux se fuir et oublier les autres, l’individualisé s’est, en fait, pleinement rencontré, et il entretient une grande conscience d’autrui.

    Cela dit, un certain individualisme est utile, tout au moins pendant un certain temps.

   En effet l’ego, bien que faux soi, permet malgré tout de protéger le processus de maturation. Il est comme le tuteur d’une plante encore fragile.

   Durant l’adolescence, par exemple, ce tuteur-ego se renforce dans une tendance à la révolte, afin de faciliter la séparation d’avec le cocon familial, autrement dit de faciliter le processus d’individualisation. Lorsque ce processus d’individualisation est parfaitement réussi, on assiste à un éveil de la conscience pouvant, chez certains individus, atteindre à une véritable réalisation spirituelle.

    Mais le cas est extrêmement rare, et, chez la plupart d’entre nous, le cocon familial est simplement remplacé par le cocon social. 

    L’adolescent, en devenant adulte, cesse alors de se révolter contre les gens, et commence à les exploiter. C’est d’ailleurs grâce à cette nouvelle stratégie d’évitement de la rencontre qu’il fera son trou dans la société. Malheureusement, ce trou finira, un jour ou l’autre, par lui paraître bien vide ; et peut-être prendra-t-il alors conscience, non sans angoisse, non sans déprime, que l’avoir ne conduit pas au bien-être.

    A ce stade, s’ouvre à nouveau une possibilité d’individualisation, à condition d’abandonner le tuteur-ego, devenu inutile.

   C’est comme une fusée qui, ayant atteint une certaine altitude grâce à son premier étage, doit s’en détacher pour continuer son voyage. Mais les humains, dans leur majorité, semblent moins bien programmés que la fusée, et s’accrochent désespérément à ce premier étage... qui, trop lourd, les entraîne vers le bas.

   L’ego, dans ce cas, entre dans sa phase de cristallisation qui, selon le caractère de chacun, se manifestera sous forme d’indifférence, ou de fusion exclusive avec un conjoint ou un groupe sectaire.

 

                DE L’INTERET…..A L’ATTENTION

 

   Chez les personnes âgées dont l’ego est arrivé à un stade de cristallisation et d’insensibilité extrêmes, il serait illusoire d’espérer un revirement et la réussite du processus d’individualisation. Fort heureusement, l’angoisse et la dépression touchent tant d’adultes de nos jours, que l’espoir n’est pas interdit d’en voir une bonne part s’individualiser.

    Un jour ou l’autre, nous l’avons dit, les personnages que nous avons construits pour vaincre ou pour nous préserver deviennent encombrants. Nous nous apercevons qu’ils nous empêchent d’accéder au bien-être... or tout ce qui nous empêche d’y accéder nous semble de plus en plus factice, superficiel et vain.

   Et, lorsqu’on est las de dépenser une énergie considérable à la défense de nos intérêts et à l’accroissement de notre avoir, alors sans doute est-on mûr pour consacrer de l’attention à l’être. 

    S’individualiser, c’est passer de l’intérêt personnel... à l’attention.

   C’est grâce à cette attention que l’individu va devenir ouvert, libre et généreux, qu’il sera enfin capable d’accueillir l’autre et sa différence, qu’il pourra enfin échanger.

   Libéré de ses enveloppes, il découvrira sa nudité, se sentira tout d’abord démuni, et trébuchera sans doute plus d’une fois avant de savoir marcher sans béquilles.

   Mais il connaîtra enfin le bien-être véritable : il sera devenu sensible, il sera devenu vivant.

 

    « Les chamans disent que leur vocation apparaît au cours d’une crise durant laquelle ils tombent au pouvoir des démons. 

    Celui qui peut s’extraire de ces ténèbres est un chaman, et celui qui en demeure prisonnier est un malade mental. 

   On peut considérer que toute situation obscure (toute maladie psychique) dans laquelle on tombe est l’invite à une invitation, car elle nous plonge dans un lieu qui nous est propre et duquel nous devons apprendre à sortir. » M. von Franz (disciple de Jung)

 

                LE DESIR DU DESIR

 

    Dépression et spiritualité!

   Ces deux termes ont été plus d’une fois associés, dans l’histoire de la spiritualité; les exemples les plus célèbres étant sans doute ceux de Job et de Bouddha, ou encore de Judas qui, comme on le sait, finit par se suicider.

 

   On peut d’ailleurs se faire la réflexion que l’éveil du Bouddha serait comme une dépression, mais.. sans la dépression.

   En effet, dans l’éveil, au moment même où tombent toutes les illusions qui excitaient habituellement notre mental et le faisait courir après les objets de satisfaction, il ne reste évidemment plus trace de la moindre émotion, du moindre désir, du moindre projet.

   Et la paix parfaite qui accompagne cet état n’est d’ailleurs rien d’autre que l’absence des conflits ordinairement suscités par les désirs.

   Or, s’il existe un autre état dans lequel on retrouve apparemment une absence de désirs et de projets, c’est bien la dépression.

 

   Naturellement, la comparaison s’arrête là, et, au-delà des apparences, une différence essentielle semble, en revanche, devoir être remarquée dans la dépression : l’absence de désir n’est pas absolue. Si, dépressifs, il ne nous reste parfois guère plus qu’un désir instinctif et inconscient de sortir du marasme.

   Nous ne désirons secrètement rien d’autre que de retrouver les plaisirs d’une existence superficielle et insouciante.

 

   En deux mots, dans la dépression nous nous plaignons d’avoir perdu nos illusions, et nous désirons encore le désir... ce qui n’est évidemment pas le cas dans l’état d’éveil.

   Pour cette raison, sans doute pourrait-­on considérer la dépression comme un éveil raté.

   Raté, parce que, bien que privé de désirs concrets, le mental continue malgré tout de s’orienter vers l’extérieur tout en refusant de s’échapper du temps.

(à suivre)