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                  LE PARDON : CHEMIN DE GUERISON (5)


                                  5. CHANGER DE PERCEPTION

   Le point focal de cette étape : nous sommes invités à entrer dans les chaussures de l’autre, à nous identifier à lui pour saisir par l’intérieur toute la complexité de sa réalité au moment de l’offense.

 








  Entendons-nous bien; il ne s’agit pas de nous mettre mentalement et superficiellement à sa place pour lui trouver des circonstances atténuantes. Il s’agit d’éprouver vraiment son expérience totale, de devenir lui, d’accéder en le vivant pour du vrai à ses pensées et à ses émotions.

 

  Certaines techniques psychologiques inspirées de la « Gestalt », du « Psychodrame », de la « Process oriented psychotherapy » permettent de faciliter ce travail qui n’est pas toujours évident de mener a bien sans aide extérieure.

 

  La plupart des personnes qui s’engagent honnêtement dans cette démarche se trouvent extrêmement surprises de découvrir à quel point le vécu de l’autre était différent de ce qu’ils imaginaient auparavant.

 

  Ils réalisent avec un soulagement parfois bouleversant que l’autre n’a pas agi par malveillance ou méchanceté, mais au départ de sa propre douleur, de sa peur, de son ignorance, voire même d’un simple manque d’information.

 

  Son agression, son attaque étaient une manière maladroite et indirecte de chercher à satisfaire un besoin, à résoudre un problème, à sortir d’une souffrance.

 

  Son but premier n’était pas de faire du tort ou de blesser, mais de manifester une intention qu’il croyait positive pour lui et peut-être même pour la victime.

 

   Il est extrêmement satisfaisant de constater en la vivant de l’intérieur que la motivation d’autrui n’était ni un manque d’amour, ni un rejet, en particulier dans une relation avec des personnes proches.

 

  Par exemple, de nombreuses femmes en veulent à leur père de les avoir soi-disant rejetées à l’adolescence, elles en souffrent beaucoup et ont bien du mal à pardonner.

 

  Le travail est fortement facilité quand, s’étant identifiées à lui, elles ont compris que cette mise à distance servait en fait à les protéger d’un désir physique inavouable, source d’une grande culpabilité et très difficile à gérer pour cet homme dont la petite fille devient femme.

 

  Le plus souvent, toute cette dynamique affleure à peine à la conscience du père et il convient de la faire émerger en pleine lumière, Il n’est pas rare que le père ne soit en contact qu’avec sa propre détresse de se sentir éloigné de sa fille et s’imagine qu’elle le rejette tant elle se montre agressive à son égard, alors que cette agressivité n’est elle même qu’une réponse au sentiment d’être rejetée.

 

  La découverte du cercle vicieux mené par les inconscients en collusion hors de toute intention volontaire, la similitude des vécus respectifs, la mise en évidence d’une nouvelle donne quant à la répartition des responsabilités réelles, le ressenti en profondeur de la souffrance du père et de ses regrets éventuels de n’avoir pu taire mieux par manque de moyens, tout cela contribue à transformer radicalement l’image mentale négative “papa ne m’aime plus” qui était à la base du ressentiment chez ces personnes blessées dans leur cœur de jeunes filles en manque d’amour paternel.

 

   Nous sommes ici en présence du processus de pardon tel que nous l’avons défini plus haut, à savoir un changement de perception: ce n’est pas le manque d’amour mais l’amour et la protection qui expliquent la situation.

 

   Peut-être cet exemple se prête-t-il particulièrement bien à la démonstration alors que dans d’autres situations ce n’est pas toujours aussi évident. Il reste qu’une grande règle semble pouvoir s’appliquer dans tous les cas: plus on approfondit la connaissance de ce qui s’est vraiment passé, plus on éclaire les différents paramètres en jeu, y compris les facteurs inconscients, plus on se rapproche du pardon.

 

 

                                        6. NE PAS JUGER

 

   Poussée à la limite, cette approche implique qu’une personne en possession de toutes les informations relatives à l’offense ne peut que pardonner et constater qu’elle n’a pas plus de raison réelle d’en vouloir à autrui que de raison d’en vouloir à la tuile qui lui tomberait par hasard sur la tête.

 

   Le problème vient de ce que notre mental est par trop limité pour être à même de saisir simultanément toutes les situations humaines. Etant donné cela, qui peut encore honnêtement se permettre de juger qui que ce soit? Dans le doute, abstenons-nous !

 

   Nous serons plus heureux, d’autant que le seul verdict permis par l’extrapolation d’une inaccessible connaissance totale d’une situation ne peut être que « reconnu innocent ».

 

   C’est ce qui fait du pardon la seule attitude logique de guérison réelle, vu qu’elle se base sur ce que je crois être une vérité profonde: tout manque d’amour est un appel à la compassion, car il est un signe de détresse.

 

  Mais redescendons sur terre et reconnaissons qu’un tel niveau de détachement ne se rencontre guère sur la planète à ce stade de notre évolution.

 












  Ajoutons qu’il n’est aucunement requis pour accomplir l’étape qui nous occupe ici où il s’agit seulement d’opérer un recadrage et de donner un sens nouveau à notre vécu afin de commencer à fermer la vanne qui alimente le ressentiment.

 

  Je dis bien « commencer », car si nous avons mieux compris la motivation de l’autre à faire ce qu’il nous a fait, si nous avons mieux saisi ce qu’il cherchait de positif pour lui dans ce comportement blessant, nous pouvons encore lui en vouloir d’avoir choisi de se satisfaire à nos dépens et garder par là même une certaine dose de rancœur résiduelle.

 

   Cela nous amène aux trois dernières étapes de notre processus qui vont nous permettre de fermer définitivement la vanne.

 

   Pour ce faire nous allons quitter le domaine de ce que Graf Durkheim appelle le « moi existentiel » (émotions, croyances, personnalité) pour entrer, dans les prochains chapitres, dans celui de l’ « être essentiel » (profondeur, quête du sens ultime, spiritualité).

 

25-07-2013