Trouver la santé et
le bien-être d'une
manière naturelle

          

     LE PARDON : CHEMIN DE GUERISON (6)


  Comme je l’écrivais à la fin du précédent article, le pardon se fait par dons. Ceci nous conduit au seuil de notre prochaine étape qui explique l’offrande du don.

 

                                 ETAPE 7: ENTRER DANS LA COMPASSION

 

   Au cours de la quatrième étape, nous nous sommes efforcés de comprendre quelles étaient les vraies motivations de l’offensant (exercer l'empathie). Nous avons pu mettre en lumière ce qu’il avait trouvé de positif pour lui dans cet acte que nous avons vécu comme blessant, par exemple une réassurance, un sentiment de sécurité ou encore l’impression d’être valorisé. 

  Peu importe, toujours est-il que nous avons dû payer un certain prix pour que l’autre puisse bénéficier des bénéfices qu’il espérait.

   A partir du moment où nous arrivons à identifier le bien réel que l’autre a obtenu au travers de ce qu’il nous a fait et pour autant que les étapes précédentes aient été suffisamment accomplies, nous pouvons délibérément et volontairement décider de lui faire cadeau, de lui offrir ce qu’il nous a en quelque sorte extorqué sans notre accord.
















   Le Bouddhisme définit la compassion comme l’attitude qui consiste à vouloir le bonheur de tous les êtres, y compris ceux qui nous font du mal. En occurrence, dans le contexte qui nous occupe ici, nous pouvons choisir d’accepter de payer le prix du cadeau et nous réjouir sincèrement de ce qu’il ait été reçu. Dès lors où je prends la pleine responsabilité de donner à postériori ce qui m’a été volé, je n’ai plus aucune raison d’encore en vouloir à mon voleur.

   Un exemple parmi tes plus connus dans la littérature d’un tel amour inconditionnel nous est donné par l’évêque qui héberge Jean Valjean dans ‘Les Misérables’ de Victor Hugo. Rappelons-nous l’histoire en quelques mots: après avoir été accueilli, réconforté, nourri et loge par ce vieil évêque, Valjean s’enfuit au petit matin en emportant l’argenterie de son hôte. Assez vite, il est repris par les gendarmes qui le ramènent à l’évêque. Au lieu d’accuser sévèrement, celui-ci innocente le coupable en affirmant lui avoir fait don de l’argenterie et s’étonne même qu’il n’en n’ait point pris davantage. Le vieil homme comprend la pauvreté extrême qui pousse à voler, il comprend la révolte de l’exploité contre l’injustice sociale et ceux qui, selon lui la cautionnent. Il comprend que l’acte est motivé par une immense détresse et il pardonne évitant ainsi à Valjean d’être renvoyé au bagne.

   C’est ici que le mot pardon prend tout son sens, le terme anglais « for-give » exprimant du reste la même idée. Eminemment bouleversé de se sentir à ce point aimé et reconnu, Valjean va radicalement transformer sa vie dans le sens d’une guérison profonde et déterminante. Ainsi non content de transformer celui qui le donne, le pardon transforme très souvent celui que le reçoit.

   Reprenons à présent le cours de notre cheminement pour constater qu’une fois de plus la dynamique de cette étape continue à modifier image négative qui sous-tendait le ressentiment initial, car si notre liberté ne nous permet pas de changer l’événement passé en tant que tel, elle nous permet toujours de changer le sens que nous lui donnons, la perception que nous en avons. A y regarder de près, j’en arrive à penser que cette simple capacité fait parfois des miracles. Du méchant qu’il était au départ, l’autre est d’abord devenu un humain en souffrance et est à présent celui qui me procure la joie de donner librement et de me rapprocher quelque peu de ma nature essentielle qui est tout Amour, si l’on en croit les grandes traditions spirituelles de l’humanité. A ce stade, le niveau de soulagement ressenti est considérable et une véritable paix intérieure commence à s’installer. En effet, la rancune est en voie d’extinction, car elle a perdu toute sa signification préalable. L’énergie de Vie peut de nouveau circuler librement, renforçant encore l’ouverture du cœur qui fut amorcée dès le premier lâcher prise, dès le premier oui. En effet, le sens ultime de cette étape est bien de dire oui: oui à ce qui est, oui à ce qui a été, oui à la faiblesse humaine, sans jugement.

   Il s’agit ni plus ni moins d’abandonner l’arbre de la définition du bien et du mal, pour s’essayer à goûter à l’arbre de Vie. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé, disait quelqu’un. Pardonner, c’est l’acte de non-jugement par excellence, c’est continuer à voir la beauté essentielle de l’autre par delà la laideur de ce qu’il nous a fait.

   Réalisons ici qu’à ce stade du processus, même si le travail accompli nous permet de commencer à réhabiliter véritablement la personne à qui nous en voulions, nous persistons à définir son comportement comme mauvais, négatif, nocif, toxique ou encore destructeur et si nous ne rejetons plus l’autre en tant qu’être humain et lui offrons notre compassion, nous pourrions néanmoins continuer à regretter que les choses se soient passées de cette manière et penser sincèrement qu’il eût été de loin préférable pour tous que cette malheureuse épreuve eusse pu être évitée. Nous n’avons encore aucune conscience du moindre bénéfice que nous pourrions retirer du fait même d’avoir vécu cette offense.

  C’est précisément à faire naitre ce nouvel éclairage encore différent, encore plus profond que nous convie la huitième étape ou il ne s’agit plus d’offrir le don, mais de le recevoir.

 

 8-08-2013