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Effet placebo

 

    Le placebo guérit !

    Mais comment une substance chimiquement inactive peut-elle avoir un tel pouvoir? 

  Voici une interview de Patrick Lemoine, médecin psychiatre spécialisé dans les troubles du sommeil et de la dépression.

 

           Cliquez sur la photo pour en savoir plus: 











    Qu’est-ce gui soigne le mieux: les drogues ou le placebo?

    Avant tout, différencions le placebo, c’est-à-dire la substance inerte sans activité pharmacologique spécifique ou « poudre de perlimpinpin», par rapport à l’effet placebo, qui résulte, lui, de la manière d’avoir donné une substance, et qui augmente l’effet de guérison déclenché par ce médicament.

   Cela spécifié, vous connaissez le dicton: «la façon de donner vaut autant que ce que l’on donne».

    Alors, de la même manière, la façon de prescrire n’est pas à négliger.

  On s’accorde à penser que, chez quelqu’un qui souffre d’une angine (blanche ou rouge) où d’une appendicite, les médicaments où la chirurgie représentent le traitement de pointe.

   Cependant, dans les domaines de la douleur, de l’insomnie, de l’ulcère ou de l’angoisse - même dans le cadre de maladies sévères - la manière de donner un traitement est également très importante.

 

    Dans quels types de pathologies le placebo fait-il le plus de «miracles»?

   L’effet placebo peut être efficace dans toutes les maladies, y compris lorsqu’elles sont organiques et objectives.

  Le placebo a même une efficacité chez l’animal domestique et chez le bébé. Cela peut paraître étonnant, mais à partir du moment où l’on convainc le maître de l’animal ou le parent du bébé, on obtient un effet sur la cible.

   On sait également que le placebo peut faire baisser le taux de cholestérol ou l’acidité gastrique, tout comme il peut modifier le nombre de globules blancs ou le diamètre des pupilles...

   Bien entendu, les grands domaines dans lesquels le placebo fait merveille sont la douleur et l’insomnie... ainsi que toutes les maladies fonctionnelles ou psychosomatiques, du rhume des foins à l’ulcère en passant par l’eczéma...

   Au total, c’est plus de la moitié de la médecine générale qu’englobe l’effet placebo!

 

    Comment fonctionne-t-il, cet effet placebo?

   Tout dépend de la perspective où l’on se place.

   On constatera que, dans notre système de société, nous sommes conditionnés à vivre la guérison suivant le schéma «bobo - docteur -comprimés - guérison».

   Il y a donc un véritable réflexe conditionné qui se met en marche chaque fois que l’on suit ce schéma, même si, à notre insu, le comprimé est remplacé par une pilule de sucre.

   Si l’on est psychanalyste, on pensera que le placebo est un «objet transitionnel». C’est-à-dire qu’à partir du moment où vous croyez dans le médecin qui vous prescrit un comprimé, et que lui y met de la conviction, le comprimé devient un «objet transitionnel», l’équivalent de ce petit mouchoir ou le doudou que les bébés traînent partout

   C’est la transition entre le dedans et le dehors : le comprimé se situe entre le médecin et le patient.

 

    Certains patients sont-ils plus réceptifs que d’autres à l’effet placebo?

   Je pense que l’efficacité du placebo dépend plus du moment où on le prescrit, que de la personnalité du patient.

  Il est vrai qu’on entend souvent dire que les personnes conformistes sont de meilleurs placebo-répondeurs, mais c’est discutable. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le grand paramètre de la placebo-réponse réside dans l’attente que l’on a vis-à-vis du médecin.

   Une personne qui arrive chez le médecin, traînée par son conjoint, et qui aimerait mieux aller à la pêche, n’a évidemment pas la même disponibilité à l’effet placebo qu’une personne se précipitant chez son médecin à la suite d’une crise de colique néphrétique.

   Pour en finir avec un mythe, ce n’est, en tout cas, pas parce qu’on répond à l’effet d’un placebo, qu’on est névrosé ou idiot

  J’ai personnellement souvent remarqué, au contraire, que les gens particulièrement équilibrés et intelligents avaient un fort effet placebo. En fait, je crois que c’est une preuve d’équilibre, que de pouvoir faire confiance à l’autre.

 

  Sous quelle forme doit être administré le placebo pour avoir un maximum d’efficacité?

   Il semblerait que le placebo le plus puissant soit l’injection intraveineuse.

  Par exemple, une piqûre chauffante aide considérablement au sevrage des alcooliques. Cela marche parce que c’est une injection, mais aussi parce qu’on la sent passer.

   Ca pique et ça chauffe ! Et il va sans dire que si ça ne chauffait pas, ce serait moins effic ace.

  Ensuite, viennent l’influence des gouttes, parce que, le patient doit compter les gouttes ce qui demande un certain investissement, une certaine concentration.

   Pour ce qui concerne les comprimés, cela dépend de leur nom mais également de leur couleur, de leur taille, de leur forme... Le prix joue aussi: plus c’est cher, mieux ça marche!

 

     Existe-t-il des rituels propices?

    Il existe effectivement des «trucs» de métier qui permettent d’amplifier cet effet placebo.

  Le docteur Knock avait bien compris qu’il fallait interdire toute familiarité, créer une distance presque magique, pour augmenter l’efficacité du traitement.

   Tout ce rituel que l’ensemble des médecins occidentaux utilise peut, en effet, nous interroger.

   Pourquoi parle-t-on d’un cabinet, et non pas d’un bureau ?

   Pourquoi, utilise-t-on une blouse blanche qui, la plupart du temps, ne sert à rien ?

   Pourquoi porte-t-on, autour du cou, une espèce de collier étrange avec un gri-gri au bout, qui s’appelle stéthoscope ?

   Pourquoi fait-on une danse du ventre autour d’un malade dénudé que l’on palpe, qu’on écoute, qu’on percute?

   Pourquoi écrit-on de façon absolument illisible sur un parchemin très spécial?

   Pourquoi les noms des médicaments sont ils incantatoires ?

   Il y a, indéniablement, un rituel magique qui n’a d’autre but que d’augmenter l’efficacité des médicaments.

 

    La nouveauté dans les techniques ne renforce-t-elle pas l’effet placebo?

   Bien entendu!

  C’est toujours très amusant de voir qu’un nouveau médicament mis sur le marché bénéficie des résultats d’amélioration phénoménaux.

   Bien sûr, au bout de deux ou trois ans les résultats se normalisent; puis, lorsque le médicament devient trop vieux, trop connu, il perd encore plus de son efficacité; et enfin, lorsqu’il peut être délivré sans ordonnance, il perd de sa crédibilité.

 

 

   Patrick Lemoine est psychiatre et est auteur de plusieurs ouvrages sur les troubles du sommeil, l’anxiété et le sevrage des médicaments.

   Quelques-unes de ses parutions : cliquez sur le titre pour en savoir plus !

   Soigner sa tête sans médicaments... ou presque (Robert Laffont, 2014)

   La Fontaine, les animaux et nous (Armand Collin, 2011)

   Dites-nous Patrick Lemoine, à quoi sert un psychiatre ? (Armand Collin, 2010)

   La détox, c'est la santé (Robert Laffont 2008) 

   Je déprime, c'est grave docteur ? (Flammarion, 2001)

 16-05-2014